Le langage des signes simplifiés: un support au développement du langage verbal

3 Fév 2020Langage des signes simplifiés, Neurotypique

Le langage verbal que nous prenons souvent pour acquis en tant qu’adulte est pourtant tout un univers à apprivoiser et un défi de taille à apprivoiser pour les tout-petits. En effet, avant même que bébé puisse prononcer ses premiers mots, beaucoup d’apprentissages doivent être faits au niveau de la compréhension et de l’expression.

Dès sa naissance, bébé utilise sa bouche pour émettre des bruits. Dans les semaines et les mois qui vont suivre, il utilisera sa bouche pour émettre des sons de plus en plus structurés. C’est le début d’une longue aventure : le développement du langage verbal.

Dans ce parcours d’apprentissage, vient un moment pour l’enfant où sa compréhension du langage est plus grande que sa capacité d’expression. C’est alors que le langage des signes représente un outil inestimable. Des recherches sérieuses démontrent d’ailleurs que le langage des signes facilite les premières étapes du développement du langage verbal.

 

Dans cet article, nous couvrirons les éléments suivants :

Le développement du langage

Note importante : Le développement du langage suit un parcours relativement fixe pour tous les enfants. La différence se situe au niveau du moment où chacune des étapes est atteinte. Il est primordial de comprendre que les âges avancés ici le sont à titre indicatif seulement.

 

Avant de voir comment le langage des signes simplifiés facilite l’apprentissage du langage verbal, il est intéressant d’abord de visiter les étapes même du développement du langage.

Le développement du langage est en soi un processus complexe. Il demande une panoplie de compétence et d’habiletés souvent insoupçonnées. Nous vous présentons ici les lignes marquantes.

 

1- Vocalisation

Dès la naissance, le nouveau-né est déjà dans la phase de vocalisation, c’est-à-dire l’étape où il émet des sons. Dans un premier temps, il émet des bruits, comme les cris et les pleurs. Ensuite, il commence à produire des sons, exclusivement des voyelles. On dit de cette phase qu’elle est universelle puisqu’elle est exactement la même pour tous les bébés de la planète.

 

2- Babillage

Vient ensuite, vers l’âge de 4 à 9 mois environ, l’étape du babillage, soit l’ajout d’une consonne à une voyelle pour en faire une syllabe. Les syllabes que bébé produit durant cette période est propre à la langue utilisée dans son entourage. Les syllabes prononcées sont ainsi différentes pour un bébé issu d’une famille francophone ou d’une famille anglophone par exemple.

Dans cette phase de babillage, le tout-petit commence à utiliser des gestes intentionnels, appelés gestes déictiques. Par exemple, pour attirer l’attention de son parent, il montrera du doigt un objet qu’il veut avoir. Ces gestes sont les tous premiers pas vers le développement de la symbolique nécessaire au développement du langage.

À l’image d’un casse-tête qu’on s’apprête à faire, l’enfant doit assembler dans sa tête, un à un, différents morceaux pour développer son langage. Par exemple, le mot vache, utilisé pour identifier du doigt le jouet préféré de votre enfant ne lui sert pas encore à identifier l’animal qu’il voit dans le champ, contrairement à un enfant plus vieux pour qui l’association est déjà faite. L’enfant doit développer le concept symbolique du mot ‘vache’ pour à son tour faire cette association. Tout cet apprentissage se fait graduellement, au gré de la stimulation communicationnelle qu’il reçoit de son environnement.

Enfin, ces deux premières phases du développement du langage, soit la vocalisation et le babillage, sont dites prélinguistiques, c’est-à-dire avant l’apparition des premiers mots.

 

3- Verbalisation 

Les prochaines phases du développement du langage sont dites linguistiques puisque les mots et la communication symbolique émergent.

Autour de 12 mois environ, bébé prononce ses premiers mots. Nous sommes donc au tout début de la verbalisation. Pour la première fois, l’enfant associe des syllabes pratiquées lors de la phase du babillage à une intention de communication et au concept symbolique qu’il a développé intérieurement.

En un an seulement, il a déjà fait des progrès énormes au niveau de la compréhension du langage utilisé dans son entourage. Durant ce premier 12 mois de vie, bébé passe du « aaaaa » (vocalisation) à « ma ma ma » (babillage) à « mama » (verbalisation). C’est à cette étape-ci que le concept symbolique ‘maman’ est jumelé à l’intention de communication, pour provoquer une réaction ou demander de l’attention par exemple.

 

4- En route vers la phrase complète

De 12 à 18 mois environ, la variété du vocabulaire compris augmente de façon importante. Par la suite, l’enfant raffine ses concepts et utilise des mots plus élaborés et plus précis. C’est lorsque son répertoire atteint 50 mots environ que les premières combinaisons de mots apparaissent, soit autour de l’âge de 2 ans.

De 2 à 6 ans, l’enfant continue d’augmenter son vocabulaire de façon marquée. Il combine aussi des mots pour exprimer des messages plus complexes et passe ensuite à la phrase complète. Il développe au fur et à mesure son apprentissage de la syntaxe, c’est-à-dire l’ordre des mots dans une phrase. Il emploie de plus en plus de concepts abstraits et utilise des phrases progressivement plus longues et plus complexes également.

 

Le langage des signes et le langage verbal

Maintenant que nous sommes mieux familiarisés avec les différentes étapes du développement du langage, voyons comment le langage des signes soutient et favorise le langage verbal.

 

1- Un mythe persistant

Le langage des signes demeure, au sens commun, largement associé aux troubles auditifs. La croyance populaire soutient aussi parfois que le langage des signes est une béquille inutile ou un obstacle inquiétant pour le développement normal du langage des enfants entendants.

Lors d’événements auxquels nous participons, les gens nous demandent très fréquemment si le langage des signes ralentit l’arrivée du langage verbal.

Bien que l’inquiétude soit légitime, tant de la part des parents que de professionnels, il est important d’amener des faits pour défaire ce mythe persistant. Allons-y de quelques citations éclairantes.

D’abord, Frédérique Asselin-Giguère [1], orthophoniste au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, explique le résultat observé de son expérience de l’utilisation du langage des signes avec des enfants neurotypiques :

 « Le langage des signes ne retarde pas l’apprentissage du langage. Quand les enfants sont capables de produire le mot verbalement, avec la parole, ils vont le produire de cette façon-là parce que c’est plus facile de se faire comprendre. »

À son tour, Stéphany Laflèche [2], intervenante en langage, ajoute à l’appui :

« Le langage signé ne va pas nuire à l’apprentissage de la parole pour un enfant entendant. C’est un autre moyen de communiquer. »

Maintenant, Nicole Farges [3], psychanalyste spécialiste de la surdité, qui a travaillé à l’Institut National des Jeunes Sourds (INJS), donne son avis sur l’utilisation du langage des signes avec des enfants entendants :

« Il est évident que la plasticité cérébrale s’enrichit. L’entrée plus rapide dans la symbolisation est un bénéfice sur de longues années : l’oralisation des mots n’est pas retardée, les enfants acquièrent plus vite du vocabulaire et, surtout nous avons pu constater qu’ils avaient plus tard davantage de facilité à apprendre une langue étrangère de manière comparable aux enfants élevés dans un environnement bilingue. Cependant, cela ne se fait pas seulement avec quelques signes, Il faut dépasser les mots du quotidien et des objets pour aller vers des signes décrivant les émotions, les pensées et les concepts. Pour grandir et pour que le bénéfice sur le langage soit important, l’enfant a besoin d’abstraction. »

Finalement, à leur tour, Dr Linda Acredolo ainsi que Dr Suzan Goodwyn [4], professeures de psychologie, présentent la conclusion de 2 décennies de recherches scientifiques:

« Le langage des signes pour bébé aide les enfants qui signent à développer à la fois leur langage et leurs aptitudes cognitives :

 

À 24 mois, les enfants sont en moyenne plus avancés de 3 à 4 mois par rapport aux enfants non-signeurs;

 

À 24 mois, la longueur de leurs phrases est significativement plus longue;

 

À 36 mois, les enfants signeurs sont avancés en moyenne de 11 mois par rapport aux enfants non-signeurs; »

Certaines recherches sur le développement du langage et l’utilisation du langage des signes obtiennent des résultats non concluants. Par contre, beaucoup de recherches soutiennent aussi que le langage des signes facilite les premières étapes du développement du langage verbal. Nos références à la fin de l’article offrent une généreuse base d’exploration si vous souhaitez approfondir davantage le sujet. Pour nous, la preuve n’est plus à faire.

 

2- Le geste symbolique : un atout de taille

Comme nous avons déjà mentionné dans la présentation des étapes de développement du langage, le geste intentionnel ajoute la dimension d’interaction avec l’autre, autour de l’âge de 10 mois.

Durant cette période, bébé a déjà fait des progrès impressionnant au niveau de la compréhension du langage. Il est très motivé à communiquer sur des sujets précis, mais n’a pas encore acquis la coordination de sa motricité fine nécessaire pour exprimer les mots pertinents. C’est durant cette période que les enfants et les parents peuvent vivre de la frustration à cause de la lenteur avec laquelle le langage verbal se développe.

Le langage des signes devient alors un outil intéressant pour combler cette lacune et rendre la communication possible. Le langage des signes offre une variété de gestes symboliques que l’enfant peut ajouter graduellement à son répertoire de concepts, et éventuellement à son répertoire de mots.

Selon une recherche effectuée par Dr Linda Acredolo ainsi que Dr Suzan Goodwyn, leurs résultats vont en ce sens [5]:

« Nous avons trouvé des corrélations positives entre la gestuelle symbolique et le développement verbal : plus les enfants ont inclus de gestes symboliques dans leur répertoire de communication à 19 mois, plus leur vocabulaire verbal est large à 19 et 24 mois. »

Elles ajoutent :

« Ainsi, à tous les niveaux d’analyse, les données sont cohérentes pour démontrer un avantage dans le développement du langage verbal pour les enfants qui ont été encouragés à inclure des gestes symboliques dans leurs premiers répertoires communicatifs. »

Une observation faite lors de cette étude est éloquente :

« Les nourrissons qui ont enrichi leur vocabulaire vocal naissant par des gestes symboliques ont surpassé ceux qui ne l’ont pas fait. »

En conclusion

Ces résultats mettent en lumière le pouvoir aidant et facilitateur du langage des signes. Le registre de gestes symboliques regroupés pour constituer le langage des signes simplifiés n’est pas le seul ensemble de signes que les parents peuvent utiliser avec leur tout-petit pour soutenir le développement du langage. Il représente pourtant une ressource inestimable, organisée, documentée et facilement accessible pour tout parent désirant soutenir le développement du langage de leur enfant.

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Notes

[1] Caouette, Nancy. (2019). Le langage des signes s’invite dans les CPE. Récupéré de https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1157314/bebes-langage-signe-cpe-developpement

[2] Laflèche, Stéphany. (s.d.). Les mots de nos tout-petits. Dans Signe-moi ça! Le langage des signes pour bébés adaptés aux centres de la petite enfance. Récupéré de https://natis.ca/3636/

[3] Observatoire de la santé visuelle et auditive (s.d.). Dans Paroles d’experts. Nicole Farges : « La langue des signes aide les enfants entendants à entrer dans la symbolisation du langage ». Récupéré de http://www.observatoire-groupeoptic2000.fr/points-de-vue/entretiens-experts-reconnus/nicole-farges-la-langue-des-signes-aide-les-enfants-entendants-a-entrer-dans-la-symbolisation-du-langage/

[4]  Acredolo Linda et Suzan Goodwyn. (s.d.). Sign language for babies. Récupéré de https://www.babysignstoo.com/information/research

[5] Acredolo, L. P., & Goodwyn, S. (1988). Symbolic gesturing in normal infants. Child Development, 59(2), 450-466. Récupéré de http://dx.doi.org/10.2307/1130324

 

 

Références

Lemieux, Geneviève. (2011). Les grandes étapes du développement du langage. Récupéré de https://www.aepq.ca/wp-content/uploads/2011/04/les_grandes_etapes_du_developpement_du_langage.pdf

Delisle, Audrey. (2006). Le langage des signes stimule le langage verbal. Récupéré de https://www.mamanpourlavie.com/sante/enfant/developpement/langage/58-le-langage-des-signes-stimule-le-langage-verbal.thtml

Vallotton, Claire. (2011). Signing with Babies and Children: A Summary of Research Findings for Parents and Professionals. Récupéré de https://successforkidswithhearingloss.com/wp-content/uploads/2012/01/Signing-with-Babies-and-Children-Vollotton.pdf

Goodwyn, S. W. (1986). Mother-infant interaction and infants’ spontaneous symbolic signing. Unpublished doctoral dissertation, University of California at Davis.

Goodwyn, Susan W, Linda P. Acredolo, et Catherine A. Brown. (2000). Impact of symbolic gesturing on early language development. Récupéré de https://pdfs.semanticscholar.org/a880/c205413dc05c3743ea0d04ce834031958ffe.pdf

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